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Le déni de réalité est un ralentisseur tenace du changement; nous le voyons depuis plusieurs années sur la question environnementale et… à la position de la FIFA sur l’arbitrage video! Pour chasser le déni, rien de tel qu’un évènement ou un incident visible de tous, dont les faits indiscutables montrent la nécessité du changement et l’absurdité du statut-quo: comme par exemple ceci

Alors que les gouvernants du football n’avaient pas évolué d’un pouce ces derniers mois, ce but anglais injustement non validé a provoqué ce que l’on pourrait appeler un début de déclic; certes, on est encore loin d’une révolution culturelle mais la barrière idéologique semble presque franchie. De son côté, Michel Platini, président de l’UEFA, défend une évolution non technologique de l’arbitrage, basée sur la mise en place de 2 arbitres supplémentaires (1 derrière chaque but) qui étofferaient la capacité de l’ensemble du corps arbitral à bien juger les actions de jeu critiques des surfaces de réparation. Ce système a été testé cette année en Ligue Europa et sera utilisé à la prochaine coupe du monde. On peut regretter la position ferme de Platini sur la vidéo mais son système est une vraie avancée vers un meilleur arbitrage. En outre, si l’apport de la vidéo sur l’exemple ci-dessus est incontestable, il faut reconnaître que parfois 10 caméras ne suffisent pas à déterminer s’il y a faute ou simulation.

Le changement qui me marque le plus dans la coupe du monde a lieu dans les tribunes (à part les vuvuzelas): avez-vous remarqué la bonne ambiance entre supporters? Pas de séparation, tout le monde est mélangé et semble y prendre plaisir; il n’y a pas si longtemps les supporters s’affrontaient, puis ils ne s’affrontaient plus mais s’évitaient, désormais ils s’assoient ensemble. Bel exemple de changement de comportement réussi, à reproduire dans les tribunes de ligue 1 et en particulier du parc des princes.

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Petit rappel méthodologique: la première étape, incontournable, de conduite du changement consiste à instaurer auprès des acteurs un sens de l’urgence du changement. La coupe du monde pathétique et rocambolesque de l’équipe de France aura eu comme seul effet positif de rendre indiscutable aux yeux de tous, l’ultra-urgence du changement dans la gestion du football français. Une urgence qui existait depuis des années (2006?) mais que les décideurs ont soigneusement ignoré, inconsciemment ou non.

Jean-Pierre Escalettes rattrapé par l'urgence du changement

Comme pour toute organisation, publique ou privée, dominée par les forces d’inertie, à vouloir toujours retarder l’échéance, la FFF s’est exposée au risque que le changement s’impose de façon beaucoup plus radicale que s’il avait été préparé et anticipé. Désormais, les dirigeants sont dans une situation extrêmement inconfortable; ils ont été humilié publiquement et apparaissent totalement illégitimes pour définir et conduire les changements nécessaires. Heureusement qu’il ne s’agit que de ballon rond, même si les enjeux économiques sont devenus importants.

Ce refus de saisir l’urgence du changement peut malheureusement avoir des conséquences bien plus graves, lorsqu’il intervient dans d’autres contextes: les bulles Internet, immobilières et financières ont cru de façon exponentielle et ont fini par éclater à cause de cette complaisance à l’égard du changement. Les dirigeants de BP, malgré l’explosion de Texas City en 2005 et les préconisations du rapport Baker, ont privilégié le changement en surface, cosmétique, aux dépens du changement en profondeur de leurs pratiques de gestion de sécurité qu’il aurait fallu instaurer. Ils en font désormais les frais et malheureusement les habitants de Louisiane encore plus.

On stigmatise parfois les discours alarmistes de promoteurs du changement; mais s’il est vrai que l’énergie du changement vient aussi de messages positifs, porteurs d’espoirs, ces exemples montrent bien que les catastrophes arrivent si l’on ne change pas, trop peu ou trop tard.

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Coupe du Monde et conduite du changement, mais quel rapport?  Il existe bel et bien.

L'Allemagne a su changer son style et son image

L’Allemagne a montré, du moins sur son premier match, qu’elle avait réussi en quelques années à complètement changer de style. Alors qu’elle avait, pendant des décennies et particulièrement pendant les années 80, offert un style de jeu réaliste, efficace (“le football est un jeu qui se joue à 11 contre 11 et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne” avait dit l’anglais Gary Lineker) mais ennuyeux à regarder, elle est aujourd’hui devenue une équipe multiculturelle offrant un jeu superbe. Le conducteur de ce changement a été l’ancien sélectionneur Jurgen Klinsmann qui a mis en place cette révolution à l’occasion de la précédente coupe du monde en Allemagne. Ce changement ne s’était pas fait du jour au lendemain: l’équipe avait d’abord eu des résultats médiocres et été  très critiquée; mais Klinsmann, soutenu par ses dirigeants, avait gardé le cap et les joueurs croyaient au projet, même s’ils avaient du mal à l’appliquer au début. Ainsi, même si elle n’avait pas gagné la compétition en 2006, elle avait réussi à soulever un enthousiasme majeur et véhiculé une image très positive. Joakim Low, actuel sélectionneur et assistant à l’époque de Klinsmann, poursuit le travail.

Un bel exemple à méditer par les responsables du football français dont l’urgence du changement est devenue très forte après le fiasco d’hier soir. Ce sont peut-être même les responsables politiques qui devraient s’emparer de la conduite de ce changement tant l’image renvoyée par cette équipe est désastreuse ici en France comme à l’étranger: des joueurs vus comme des enfants gâtés tricheurs, arrogants, distants, capricieux; et des responsables agissant de manière irresponsable: alors que les autorités sont supposées conduire le changement développement durable dans le pays et accompagner les gens et les entreprises dans la crise, la FFF dépense 240 000 Euros pour envoyer, par avion spécialement affrété, les compagnes des joueurs effectuer plus de 20h de trajet aller-retour pour rester à peine plus de 24 heures sur place. Un manque d’exemplarité terrible lorsque l’on essaie d’inciter les gens à réduire leur impact carbone.

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L’Office Public de l’Habitat Grand Lyon s’est offert depuis quelques temps une campagne d’affichage pour se faire connaître auprès des lyonnais; en même temps j’ai noté la visite sur ce blog de Gilles*, employé d’un OPH; en lisant les raisons qui l’amenaient à s’intéresser à la conduite du changement, j’ai pris conscience de la transformation majeure que vivent ces organisations.

Résidence Grataloup à Lyon, réalisation de l'OPAC Grand Lyon

Christophe Lastennet (CL): Bonjour Gilles, en quoi consiste la mission des Offices Publics de l’Habitat (OPH) en général?

Gilles (G): Bonjour Christophe, les OPH sont ce qu’on appelle des “bailleurs sociaux”. Leur mission est de fournir des logements en location à faible coût pour le locataire.

J’utilise le terme “coût” pour distinguer le loyer des charges, ces dernières dépendant en grande partie de la consommation des locataires.

Ainsi, les loyers du parc privé sont souvent deux fois plus élevés que ceux du parc social.

CL: Quels sont les bouleversements qui ont récemment affecté et affectent encore ces organisations?

G: Vaste sujet!

Pour bien comprendre, il faut savoir que les organismes de logements sociaux ont été créés par des initiatives locales. Donc l’un va être rattaché à une ville, l’autre à un département, le troisième au 1% qui s’appelle aujourd’hui « Action logement ».

Ce morcellement a engendré des organisations diverses et variées sur tout le territoire français, répondant à leur manière aux besoins rencontrés sur les différents bassins de vie.

Mais certains organismes sont devenus des gestionnaires de loyers plus que des gestionnaires de patrimoines. Or, bien évidemment, cela ne peut pas convenir avec le besoin de logement français, et les exigences de développement durable.

Les financements venant principalement de l’Etat par le biais de prêts bonifiés, j’ai le sentiment que ce dernier cherche à structurer cette diversité, à réduire le nombre d’organisme et à avoir une meilleure visibilité sur la réalité du logement.

Un premier changement dans ce sens a été le statut OPH. Il est la fusion des OPAC et OPHLM qui avaient à peu près les mêmes pratiques, mais deux statuts différents.

Cette modification a amené 2 changements majeurs: l’aire de compétences et le statut des employés. Les OPH ont aujourd’hui compétence sur tout le territoire de la région de leur organisme de rattachement. A court terme, je ne pense pas que cela ait de véritable incidence, mais à plus long terme, cela inaugure une certaine concurrence entre bailleurs sociaux.

Concernant les statuts des salariés, il s’agit de la disparition des fonctionnaires au profit de salariés du secteur privé. Pendant une certaine période, les deux statuts vont donc cohabiter.

A peu près en même temps que la mise en place des OPH, des pénalités financières ont été instaurées si un organisme n’avait pas de Plan Stratégique de Patrimoine. En gros, il s’agissait d’effectuer d’une photo à un instant t du parc, et de faire un effort de prospective.

Cela a amené une meilleure connaissance du patrimoine et donc des actions à mener pour le maintenir, l’améliorer ou le développer.

Depuis, un nouveau système de pénalités financières a été mis en place pour taxer les organismes jugés pas assez actifs afin de redistribuer les capacités de financements vers ceux qui bougent. Différentes critiques de cette vision déconnectée des spécificités des territoires ont été avancées et l’Etat réajuste sa politique du logement. On voit bien qu’il s’agit de grandes manœuvres de reprise en main d’une politique délaissée par l’état.

En parallèle de ces manœuvres, et de manière plus concrète au jour le jour, les enjeux de développement durable et de respect du code des marchés publics sont des vecteurs de changements.

Concernant le développement durable, il s’agit principalement de faire évoluer nos pratiques constructives. Cela peut avoir un impact dans l’organisation suivant la manière où l’acquisition de nouvelles compétences est gérée. Cela peut être par formation, recrutement ou par achat de prestations.

D’autres problématiques (proximité de service, qualité de service, …) sont également des moteurs de changements au sein des OPH.

CL: Comment les salariés, anciens et nouveaux, vivent-ils ces changements?

G: Ma position ne me permet pas d’évaluer globalement la situation des salariés au sein des bailleurs sociaux dans leurs diversités…

Sur ce que j’ai constaté, il n’y a pas de réaction type. Certains attendent des changements, d’autres espèrent la stabilité, d’autres encore aspirent à un retour aux méthodes passées… Et cela à tous les niveaux hiérarchiques ou d’âges.

Ce dont j’ai l’impression, c’est que les grandes tendances d’évolution (Nouvelles habitudes constructives, harmonisation des pratiques entre OPH, passage d’une logique de fonctionnaire à une logique de salarié privé, nouvelles exigences de l’état…) ne sont pas comprises par tout le monde. Les plus ouverts les ont identifiées, mais concrètement, je pense que cela passe au dessus de la tête de la plupart d’entre nous. Et comme aujourd’hui ce ne sont que des tendances, leurs traductions au quotidien ne sont pas forcément évidentes.

CL: Dans quelle mesure évoquez vous ces changements avec vos collègues et supérieurs, à l’initiative ou non de ces derniers?

G: Mon analyse pourrait être qualifiée de “macro”. Nous n’évoquons que très rarement cette dimension de réflexion, et quand c’est le cas, la discussion s’égare assez rapidement dans des considérations invérifiables et relativement dogmatiques, ce qui finalement, n’est pas constructif.

Au contraire, lorsque nous évoquons des sujets “micro”, bien qu’ils s’inscrivent dans le schéma “macro”, le résultat est souvent un compromis partagé et constructif. Je pense que la différence se situe principalement dans la capacité à appréhender les sujets, à les rendre concrets. A partir d’une situation vécue, il est plus facile de se positionner que dans un schéma plus abstrait et à long terme.

Concernant l’initiative de l’évocation du changement, elle vient souvent de mon côté, certainement car j’ai un caractère qui s’y prête et la naïveté de la jeunesse! Heureusement, mes collègues me laissent l’espace nécessaire à l’expression de mes idées, bien que mon chef craigne que je ne me concentre pas assez sur les dossiers en cours…

Par contre, au delà de notre service, le changement n’est pas évoqué par notre direction. Cela peut tenir au fait que d’autres services sont plus dans la ligne de mire, notamment dans un contexte de création d’agence locale pour mettre en oeuvre une meilleure proximité de services.

CL: Êtes-vous optimiste dans la capacité des OPH à réussir ces changements?

J’imagine que comme dans toute structure qui doit faire face à des changements, les OPH ont des points forts (expertise, volonté de bien faire) et des points faibles (peur du changement, ambitions mal placées).

A mon sens, la réussite des changements à venir dépendra de la lucidité des dirigeants face aux besoins d’acquérir de nouvelles compétences et face au besoin de capacité à les mettre en musique correctement.

En supposant que nos dirigeants soient lucides, et au vu de la diversité de solutions pour atteindre ces objectifs (recrutement, formation, réorganisation…), je suis assez optimiste, oui. Mais attention, je n’ai pas dis que cela allait être simple!

CL: Merci Gilles pour ce témoignage et bon changement!

*Gilles est un prénom d’emprunt pour raison de confidentialité

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J’aimerais vous parler aujourd’hui d’un article fort intéressant récemment paru dans Harvard Business Review intitulé “The Decision Driven Organization”.
Les auteurs (Marcia W.Blenko, Michael C.Mankins et Paul Rogers de Bain & Company) nous invitent à réfléchir sur la manière de conduire une réorganisation.
Selon eux, un changement d’organisation s’appuyant uniquement sur une logique fonctionnelle (structure, ressources nécessaires, moyens à déployer…) ne garantit pas une bonne performance du nouvel ensemble. Les auteurs citent des exemples de sociétés ayant constaté, suite à une réorganisation qui semblait pourtant logique d’un point de vue analytique, des performances inférieures à ce qu’elles étaient précédemment. De même, les changements trop fréquents, en réponse à des problèmes constatés, peuvent également se révéler inefficaces voire négatifs.
La clé du succès consiste à prendre en compte la capacité de la future organisation à prendre et à exécuter les décisions importantes plus vite et mieux que les concurrents. Pour prendre une comparaison, le succès d’une armée dépend au moins autant de la qualité des décisions prises par les officiers, et de la qualité de leur exécution sur le terrain, que de la puissance de feu et des effectifs en place.
Pour réorganiser autour des décisions, six étapes clés sont proposées:
1/ Recenser les décisions importantes.
2/ Identifier les bons endroits pour prendre ces décisions dans l’organisation.
3/ Structurer l’organisation autour des secteurs générant de la valeur ajoutée.
4/ Evaluer le niveau d’autorité dont les décideurs ont besoin, et le leur donner.
5/ Adapter les autres composantes du système (processus, systèmes d’information, primes…) pour une bonne exécution.
6/ Aider les managers à développer les aptitudes et les comportements nécessaires pour prendre et exécuter les décisions rapidement.
Je vous laisse méditer cette approche, en espérant qu’elle vous intéressera. Pour en savoir plus, cf Havard Business Review – June 2010.

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Une tendinite au poignet (ennuyeux pour un blogueur  qui joue au tennis) m’empêchant d’être aussi productif que je le souhaiterai, je me contenterai cette semaine de partager ces 3 liens qui ont attiré mon attention:

  • Face à l’adversité, êtes-vous plutôt une carotte, un oeuf ou du café? C’est la question que nous pose Corinne Moret, coach et communicante sur son excellent blog dont certains billets sont issus de sa chronique hebdomadaire au Progrès; cette métaphore nous propose des pistes de réflexion intéressantes pour comprendre notre attitude face aux problèmes que nous rencontrons et je pense que l’on peut facilement l’appliquer aux situations de changement.
  • Comment l’iPad va changer nos habitudes? Gary Hamel a testé la bête et je pense que son point de vue de stratégiste est intéressant (en anglais).
  • La marée noire au large des côtes de Louisianne, provoquée par l’explosion d’une plateforme BP est la preuve que le géant pétrolier britannique n’a pas réussi le changement culturel qu’il comptait mettre en oeuvre suite aux précédentes catastrophes de Texas City (explosion d’une raffinerie) et Prudhoe Bay (marée noire). Comme l’indique ce billet du HBR, BP fait du marketing vert (“Beyond Petroleum”) sans en tenir les promesses.

Bonne lecture

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(traduit de “what happened to Toyota?” )

Le PDG de Toyota harangue ses employés après la criseLa crise de Toyota m’a rappelé un cours de Pierre Casse, à l’IAE d’Aix en Provence, sur les hauts et bas que l’on peut traverser dans la vie: ” la vie est belle, on se sent bien, on est en réussite, en confiance, un peu trop même et on commet une faute, apparemment bénigne mais qui finalement a des conséquences importantes; les ennuis commencent, c’est le début d’une période difficile, de perte de confiance, de remise en question, jusqu’au moment où l’on trouve les moyens de rebondir…”; je me demande si cela ressemble à ce qu’ont ressenti les dirigeants de Toyota ces derniers temps. J’ai lu 2 billets parmi les excellents blogs du Harvard Business Review qui nous apportent quelques éclairages sur la question:

  • Joel Kurtzman nous rappelle son expérience de jeune consultant pour le constructeur japonais il y a 30 ans pour nous dire à quel point il avait été impressionné par le respect voué aux salariés et ouvriers par les dirigeants, au premie rang desquels Eiji Toyoda. Celui-ci donnait par exemple la plaine autorité aux opérateurs de ligne de stopper la production si quoi que ce soit pouvant affecter la qualité des produits était détecté. Ainsi tout le monde plaçait la qualité comme la première des priorités, devant les profits. Selon Kurtzman, ce respect des opérateurs et cette obsession de la qualité sont précisément ce qui manque aujourd’hui et ainsi les problèmes de Totota commencent en haut de la hiérarchie.
  • Pour Robert E. Cole,  la crise n’est pas arrivée de nulle part, d’importants signaux d’alarmes avaient été détectés auparavant. Par exemple, le nombre de véhicules rappelés avait nettement augmenté de 2003 à 2005.  Aijo Toyoda, l’actuel PDG, a attribué la crise à la croissance rapide du constructeur qui l’aurait mené à inverser ses priorités: le volume et les ventes seraient devenus prioritaires au dépens de la qualité et de la sécurité.

Comment Toyota va-t-il rebondir? Le challenge pour les dirigeants est d’inventer un nouveau modèle de développement pérenne s’appuyant sur ce qui a fait son succès, ses avantages compétitifs, et capable de gérer sa croissance.

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Avec les suicides à France Telecom, où la politique de mobilité interne a été identifiée comme un facteur important de stress des salariés, cet instrument essentiel des DRH dans la gestion de carrières des employés est aujourd’hui remis en cause. La dernière colère des fonctionnaires sur un décret controversé sur leur mobilité interne confirme ce phénomène de rejet.

Alors que la mobilité interne était censée contribuer à développer les collaborateurs, en leur apportant une variété de contextes et de challenges sources d’enrichissement, on peut se demander si ce dispositif n’est pas en train de devenir incompatible avec la mise en place d’une politique de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) de l’entreprise, censée améliorer le bien-être des salariés.

En prenant mon cas personnel, je dois dire que je comprends en partie ce mécontentement: ma compagne et moi-même avons habité 6 lieux différents en 10 ans, la plupart en France mais aussi à l’étranger. Nous avons été ravis de découvrir ces nouveaux endroit, ses habitants et leur culture. Cependant, avec aujourd’hui 2 enfants en bas-âge, nous aspirons à la stabilité. J’ai vu il y a quelques temps le témoignage d’un fonctionnaire (dans la gendarmerie ou l’armée je crois) père de famille, muté tous les 4 ans et qui expliquait comment le processus de destruction et reconstruction était difficile à chaque déménagement. J’imagine qu’au fond, une majeure partie des gens, aspire à certains moments à de la stabilité pendant 5, 10 ou 15 ans et est prête à bouger à d’autres périodes.

Evidemment, il y a pour certains des compensations financières ou d’autres natures importantes. Il n’en reste pas moins que ce changement là peut-être pénible et les DRH doivent aider leurs populations mobiles à trouver des réponses à des questions essentielles, transposables d’ailleurs à tout changement: qu’est-ce que je gagne à bouger tous les 3-4 ans? Qu’est-ce qui est mis en place pour m’accompagner dans ce processus difficile? Que justifie au fond ce changement? Cette dernière question n’est pas la moins importante: si une entreprise met en place un système de mobilité juste parce qu’il s’agit d’une pratique courante, une sorte de case à cocher pour une gestion RH performante, cela n’incite pas les salariés à s’engager dans cette démarche. Derrière les bénéfices réels, en terme d’enrichissement personnel, pour eux à être mobiles, les salariés doivent aussi en comprendre la raison sincère et profonde pour l’entreprise et pour leur carrière.

Avec l’avènement de la responsabilité sociale et environnementale, les entreprises doivent trouver de nouveaux terrains de développement des collaborateurs. La collaboration virtuelle, les nouveaux moyens de communication, la multiplication des projets, le coût environnemental important de la mobilité, le télétravail, l’autonomie et la responsabilisation des salariés sont des tendances lourdes à intégrer pleinement dans cette réflexion.

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C’est quasiment un mémoire que j’ai découvert, par mon alerte google, sur un cas majeur de conduite du changement: la réforme hospitalière. Sur le site cairn.info , créé par 4 maisons d’édition de revues de sciences humaines et sociales, Etienne Minvielle et André-Pierre Contandriopoulos partagent leur travail d’analyse approfondie des leçons à tirer de la restructuration hospitalière.

Les auteurs présentent 3 cas différents:

  • Une fusion de complémentarité entre deux hôpitaux publics – nommée BAR –;
  • Une « absorption » d’un hôpital par un autre dans le secteur du privé participant au service public hospitalier – nommée ASP –
  • Une recomposition de secteurs psychiatriques entraînant la fermeture d’un établissement – nommée OSS

La question centrale de ce travail était de savoir si un modèle de gestion du changement propre aux restructurations hospitalières était identifiable. A cela, en analysant les 3 cas évoqués, les auteurs ont répondu oui, en dégageant 6 principes généraux:

  1. Transformer les événements environnementaux en conditions favorables au changement
  2. Gérer des temporalités
  3. Développer l’apprentissage de la « connaissance d’une nouvelle réalité »
  4. Arbitrer entre des approches volontaristes et négociées
  5. Nouer des alliances pour créer un leadership collectif
  6. La présentation du projet : entre explicitation et incomplétude

Ce qui me paraît intéressant, c’est que la définition de ces principes s’appuie sur des études de cas et en réalité je ne vois pas pourquoi ils ne s’appliqueraient pas à n’importe quel autre changement. On retrouve d’ailleurs dans ces principes des notions qui font penser à certaines des 8 étapes de Kotter comme le leadership collectif (coalition du changement pour Kotter), l’apprentissage de la connaissance d’une nouvelle réalité qui me fait penser à l’étape 1 de Kotter “créer un sentiment d’urgence”.

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    Laure Mendola, jeune diplômée du Master en Management par les Compétences et Organisations de l’Université de Marne-la-Vallée, a travaillé 1 an à l’Institut du Management de la SNCF et rédigé un mémoire de fin d’études sur le thème « La professionnalisation des consultants internes dans un contexte de changement organisationnel à la SNCF ». Alors qu’un nouveau conflit social a éclaté, apparemment en voie de résolution, je vous propose quelques réflexions tirées de son expérience et de son travail d’analyse sur ce cas emblématique d’un poids lourd public français confronté au changement.

    Pour cet entretien, elle est accompagnée de Bénédicte Atten, sa tutrice à la SNCF en sa qualité de responsable « conduite du changement » à l’Institut du Management.

    Guillaume Pepy doit mener un changement d'ampleur à la SNCF

    Christophe Lastennet (CL): Quel est le projet de la SNCF pour les années à venir?

    Laure Mendola (LM) : Fin juin 2008, la SNCF s’est dotée d’un projet stratégique, « Destination 2012 » qui vise le développement de ses quatre grandes branches : le Fret, l’Infrastructure, les trains de proximité et la grande vitesse. Il s’agit pour l’entreprise d’assurer son avenir dans une perspective économique difficile, notamment avec la récente ouverture à la concurrence au 01 janvier 2010.  Pour répondre à cette ambition, une importante évolution a été initiée afin de mettre en phase l’organisation de l’entreprise avec les enjeux de ses différents marchés.

    En effet, actuellement le mode de fonctionnement de l’entreprise est devenu un obstacle à cette ambition : centralisation et complexité, objectifs contradictoires, exigences croissantes de planification et coordination,…

    Bénédicte Atten (BA) : La SNCF est actuellement organisée pour partie sur son modèle ancien « administrativo-hiérarchique » avec une forte présence des entités régionales, et pour partie selon son modèle cible par branche. Cette organisation en partie transitoire a renforcé le caractère matriciel de l’entreprise,  produisant une grande complexité de fonctionnement.

    LM : Ce projet stratégique se décline donc notamment en un « volet managérial et culturel » qui vise à simplifier et alléger les modes de fonctionnement de l’entreprise. Le but est également de redonner des leviers d’actions aux managers de terrain et d’apporter un bénéfice client.

    L’accompagnement de ces évolutions se fait en partie en mobilisant le réseau de consultants internes en management et organisation sur des missions de conduite du changement et de veille sociale. Ces derniers viennent en appui des Chefs de Projet, de Directeurs d’Etablissement, des Directeurs de Régions,… dans la mise en œuvre de leurs projets de changements, notamment en faisant prendre en compte les dimensions humaines, communication et retours d’expériences. Cela passe donc par de l’accompagnement individuel afin d’apporter assistance, expertise, méthodologie et prise de recul au client, mais également par des aspects communicationnels tels que l’organisation de séminaires d’informations, de rencontres avec l’encadrement,… ou encore la mise en place de dispositifs d’écoute.

    CL: Quels sont les principaux obstacles et leviers de mise en œuvre du projet « Destination 2012 » ?

    LM : Deux leviers d’actions sont essentiels  à la réussite du projet « Destination 2012 » :

    • Premièrement, la culture d’entreprise constitue un cadre sur lequel la SNCF doit s’inscrire et s’appuyer. D’autant plus que la culture cheminote est emprunte de valeurs fortes.  Ainsi, la maîtrise du métier et du chemin de fer, le contrat social et la sécurité de l’emploi sont autant de piliers culturels à ne pas négliger dans le sens où ils font partie du contexte social dans lequel se produit le changement actuellement.
    • Ensuite, le management représente un des principaux leviers de la conduite du changement. Impliquer les managers par un ensemble de dispositifs (formation, accompagnement individuel,…), ainsi que leur permettre de s’approprier et de répondre aux nouvelles attentes de l’entreprise est primordial. La SNCF doit les impliquer au delà d’un simple rôle de relais afin qu’ils portent la politique et les évolutions de l’entreprise.

    Par ailleurs, de récentes études menées à la SNCF montrent l’existence de « non sens » culturels qui peuvent freiner la mise en œuvre du projet, notamment en entravant l’émergence de nouvelles pratiques managériales plus responsabilisantes : une culture de la conformité qui freine la logique de résultat, une absence de construction de la coopération inter métiers, une non prise en compte des objectifs contradictoires et une certaine peur de la faute qui entravent ainsi la prise d’initiatives…

    BA : Il est vrai que les traditions hiérarchiques et les exigences de sécurité ont forgé à la SNCF des habitudes de travail assez peu favorables au développement de l’initiative, de la délégation. Faire évoluer les pratiques managériales est bien plus difficile que de faire évoluer les organisations. Pourtant, avec de nouvelles organisations peut apparaître la nécessité de manager autrement, avec par exemple de très grands territoires nécessitant de manager à distance. Cela peut créer une prise de conscience qu’un management plus responsabilisant est plus performant.

    CL: On comprend la nécessité d’apport de compétences en conduite du changement, pour les consultants internes et les managers de l’entreprise en général. Comment cela s’est-il traduit sur le terrain concrètement et quels en ont été les bénéfices ?

    LM : S’agissant des consultants internes, l’apport en compétences  s’acquiert non seulement par la formation, le fonctionnement en réseau et la pratique professionnelle, mais également par un aspect important qui est celui du « retour d’expériences » partagé entre consultants. En effet, avoir l’occasion de consulter ses pairs, mais aussi de confronter les expériences et pratiques professionnelles de chacun, de prendre du recul, de permettre les réflexions et de faire le lien entre théorie et pratique, sont autant d’éléments sources de professionnalisation pour ces consultants qui demeurent une ressource importante dans la conduite des changements actuels à la SNCF.

    Pour donner un exemple, une communauté de pratique « conduite du changement » se développe actuellement au sein de l’entreprise, comprenant des consultants internes et des managers. L’objectif est de leur permettre d’avoir une vision concrète de ce qu’est l’accompagnement du changement et comment celui ci se met en œuvre à la SNCF actuellement. Les participants présentent donc des outils méthodologiques, font des retours d’expériences, permettant ainsi la création de savoirs et le développement de compétences.

    D’autre part, du côté de la professionnalisation, l’accent est mis sur l’apport de théories et de réflexions autour des thèmes du changement et du management. Celles-ci sont développées via un cycle de conférences organisé par l’Institut du Management. Des intervenants extérieurs -  consultants, chercheurs universitaires,… – interviennent sur des sujets divers: accompagnement humain du changement, impact des pratiques de développement personnel en entreprise, changement et transition,… l’ambition est de sensibiliser un public large sur le changement et la manière de l’accompagner en prenant en compte la dimension avant tout humaine, mais aussi de permettre aux agents de changement de prendre davantage de recul sur leur rôle et d’identifier leur valeur ajoutée.

    BA : Les compétences en conduite du changement, assez bien maitrisées par les consultants internes restent trop peu développées dans l’entreprise notamment chez les managers, qui ne sont pas suffisamment sensibilisés aux  aspects humains du changement. De plus, il y a un gros écart entre ce que l’on apprend dans des dispositifs classiques de formation et ce que l’on met réellement en pratique. C’est pourquoi il est si important de travailler sur les pratiques de changement en termes de partage, d’échanges ou de capitalisation. Cela permet d’éclairer  les situations  vécues par des apports cognitifs ou théoriques, et de consolider ainsi les apprentissages.

    CL: un grand merci à toutes les deux pour ce précieux témoignage!

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