Il y a dans l’actualité des changements importants à mener qui nous concernent tous plus ou moins et qui patinent:
- La réforme de l’état dont la réussite nécessiterait à mon avis que les meneurs du changement, je parle des responsables politiques, se montrent exemplaires en commençant par s’appliquer les mêmes principes (rationalisation, optimisation des ressources, obligation de résultats) qu’ils essaient de mettre en oeuvre dans les administrations. Or le nouveau mille-feuille administratif hallucinant que constitue la réforme territoriale en est le contre-exemple parfait. Alors que l’intention était bonne, tout est finalement ficelé pour que tous les barons politiques locaux conservent leur pré-carré, quitte à avoir des doublons. Le manque d’exemplarité de dirigeants est une catastrophe pour la réussite des changements qu’ils souhaitent mettre en oeuvre.
- Notre agriculture, qui, faute de bon sens et de courage politique, a totalement raté le virage essentiel de l’agriculture biologique: lorsque la communauté européenne a attribué en 1992 des aides significatives à cet effet, certains pays (Italie, pays scandinaves) ont eu la bonne idée de l’utiliser à bon escient alors que d’autres (la France) ont préféré la détourner pour faire du colmatage de brèches. Je ne suis pas spécialiste de la question, mais comment est-ce possible d’en arriver à une situation de telle misère pour nos agriculteurs en même temps que la demande de fruits et légumes bio excède tant l’offre qu’il faille s’approvisionner en Italie? La complaisance est l’ennemi du changement. Identifier et mettre en valeur les opportunités du changement permet pourtant de renverser des situations difficiles!
Alors on peut se consoler avec à mon sens l’un des changements de société qui a le mieux réussi ces dernières années: nos comportements au volant. Les résultats sont là: depuis 2002, le nombre d’accidentés a significativement baissé (environ 50%). Nos autoroutes font nettement moins offices de pistes de course automobile, on se croirait même parfois aux Etats-Unis où il est possible de rouler côte à côte avec la même voiture pendant des heures. Qu’est-ce qui a changé nos comportements? Pour un manager, le cas est intéressant à étudier. Je me référerai une nouvelle fois à mes 4 conditions de réussite du changement:
- Sensibilisation: le paquet a été mis pour que les gens ressentent la nécessité de modifier leur façon de conduire. Cependant, les campagnes de prévention existent depuis longtemps, peut-être est-ce leur intensité et leur qualité qui ont évolué. L’élément qui m’a paru nouveau est le fait que l’on nous ait expliqué que nous étions les très mauvais élèves européens en sécurité routière, or je constate que le benchmarking est toujours un outil très efficace de motivation.
- Compétences: Avons-nous les bonnes compétences pour conduire prudemment? A priori oui la question ne se pose pas, nous savons tous comment rouler plus lentement respecter les distances etc. Et pourtant: n’y-a-t-il pas des gestes et réflexes utiles que nous devrions mieux connaitre? Je serais étonné que non.
- Exemplarité: un domaine où il y a encore des progrès à faire quand on voit la méthode de conduite de convois de haut responsables! Quiconque fait passer le message de sécurité routière doit montrer patte blanche pour être crédible. Et pour élargir cela pourrait concerner aussi l’ensemble des “élites”, des leaders d’opinion, bref les gens avec lesquels on s’identifie.
- Mécanismes: c’est là où s’est fait la différence. Les outils et systèmes qui nous ont incité à roulé plus prudemment. Il y a d’abord évidemment les radars accompagnés de l’arsenal de sanctions. Et puis toujours dans cette catégorie il y a l’outillage mécanique: systèmes de freinage et autres, régulateurs de vitesse, etc.
Il y a encore de bonnes marges de progression puisque par million d’habitants nos résultats sont 40 à 60% plus mauvais que certains pays comme la Grande-Bretagne ou la Suède. Ce cas illustre bien que sensibilisation, compétences, exemplarité et mécanismes sont 4 points essentiels à explorer pour identifier des pistes d’amélioration du changement.