Sarkozy a récemment évoqué la possibilité de faire une pause dans les réformes afin, dit-il, de permettre au parlement de les améliorer. Il n’aura peut-être pas échappé aux services de l’Elysée que 71% des 26850 votants au sondage du figaro.fr “faut-il faire une pause dans les réformes?” avaient répondu “non”! En matière de conduite du changement, la question que soulève cette annonce est: est-il bon de faire une pause dans le changement? Pour ma part, je répondrai non sauf si vraiment il y a panique à bord et même dans ce cas il vaut mieux éviter le terme “pause”!
En effet, annoncer une pause en plein processus de changement peut déjà paraître comme un aveu d’échec. Si la pause n’était pas prévue à l’origine, c’est que quelque chose ne va pas: les gens n’adhèrent pas au changement, les dirigeants n’ont plus une vision claire de ce qu’il doit être, le contexte n’est plus favorable, les dirigeants ne savent plus si finalement le changement est bien nécessaire, ou d’autres raisons encore. Et pourtant, dans le “rollercoaster” (montagnes russes) du changement, la tentation est forte à certains moments de tout arrêter pour ne plus entendre les gens qui se plaignent et ne plus découvrir chaque jour les problèmes qui s’accumulent. Le danger est alors de mettre en péril tous les aspects positifs, qui auront peut-être été moins bruyamment exprimés que les problèmes, et qui sont pourtant réels. Quelles peuvent être les conséquences de l’annonce d’une pause?
- Un message d’appui aux résistants: “vous voyez, depuis le début je vous dis que ce projet est une grosse erreur!”
- Une incompréhension et un doute des gens qui jusqu’alors portaient le changement sur le terrain: “que doit-on dire à nos équipes? Pourquoi s’arrête-t-on maintenant alors que du chemin a été parcouru?”
- Le sentiment, justifié, auprès de beaucoup qu’il s’agit en fait d’un arrêt définitif: on dit qu’on fait une pause, le temps passe, d’autres priorités surviennent et peu à peu on range le projet au placard
En réalité, il y a 2 possibilités: soit on s’est rendu compte que le changement est devenu obsolète ou inadéquat et à ce moment là, il faut tout simplement l’arrêter; soit il est mal engagé pour une des raisons évoquées ci-dessus et alors il faut reprendre certaines phases, par exemple de concertation si cela n’a pas été bien fait, mais sans évoquer le terme de “pause”, en parlant plutôt par exemple de consolidation ou reprise ou réajustement…
Dans le cas du gouvernement, si le parlement avait été bien impliqué dans l’élaboration des réformes, cette “pause” ne serait pas nécessaire. D’où l’utilité de bien préparer son changement en amont du “rollercoaster”.

