Petit rappel méthodologique: la première étape, incontournable, de conduite du changement consiste à instaurer auprès des acteurs un sens de l’urgence du changement. La coupe du monde pathétique et rocambolesque de l’équipe de France aura eu comme seul effet positif de rendre indiscutable aux yeux de tous, l’ultra-urgence du changement dans la gestion du football français. Une urgence qui existait depuis des années (2006?) mais que les décideurs ont soigneusement ignoré, inconsciemment ou non.

Jean-Pierre Escalettes rattrapé par l'urgence du changement
Comme pour toute organisation, publique ou privée, dominée par les forces d’inertie, à vouloir toujours retarder l’échéance, la FFF s’est exposée au risque que le changement s’impose de façon beaucoup plus radicale que s’il avait été préparé et anticipé. Désormais, les dirigeants sont dans une situation extrêmement inconfortable; ils ont été humilié publiquement et apparaissent totalement illégitimes pour définir et conduire les changements nécessaires. Heureusement qu’il ne s’agit que de ballon rond, même si les enjeux économiques sont devenus importants.
Ce refus de saisir l’urgence du changement peut malheureusement avoir des conséquences bien plus graves, lorsqu’il intervient dans d’autres contextes: les bulles Internet, immobilières et financières ont cru de façon exponentielle et ont fini par éclater à cause de cette complaisance à l’égard du changement. Les dirigeants de BP, malgré l’explosion de Texas City en 2005 et les préconisations du rapport Baker, ont privilégié le changement en surface, cosmétique, aux dépens du changement en profondeur de leurs pratiques de gestion de sécurité qu’il aurait fallu instaurer. Ils en font désormais les frais et malheureusement les habitants de Louisiane encore plus.
On stigmatise parfois les discours alarmistes de promoteurs du changement; mais s’il est vrai que l’énergie du changement vient aussi de messages positifs, porteurs d’espoirs, ces exemples montrent bien que les catastrophes arrivent si l’on ne change pas, trop peu ou trop tard.