Comment la peur du changement a incité les dirigeants de la FFT à choisir l’option de conserver le tournoi de Roland Garros à Paris.
En tant que fan de tennis et spécialiste du changement, j’ai suivi avec un grand intérêt le feuilleton du futur emplacement de Roland Garros. Pour mémoire, le contrat actuel courant jusqu’en 2015, et l’étroitesse du stade actuel se faisant de plus en plus marquante par rapport aux autres tournois du grand chelem, la FFT avait lancé un appel d’offres pour l’accueil du tournoi et d’un centre technique national à partir de 2016. 4 projets avaient été présentés: le site actuel de la porte d’auteuil agrandi en partie sur le jardin des serres pour atteindre environ 13ha (contre 8 aujourd’hui), Gonesse, Marne la Vallée et Versailles, ces trois derniers proposant des sites d’au moins 35ha, cependant plus chers.

Le nouveau court dans les serres se fera-t-il?
Vous l’avez sans doute découvert dans la presse, c’est l’agrandissement du site actuel qui a été choisi par les instances de la FFT, devant le site de Marne. En tant que fan de tennis je pense que c’est une mauvaise décision et en tant que spécialiste du changement je pense qu’elle a été motivée par une force d’inertie trop importante, plus précisément, une absence de compréhension de l’urgence du changement. Je m’explique:
Les joueurs, les spectateurs, la direction technique nationale, les associations de riverains, étaient tous pour un déménagement. Les premiers et seconds pour avoir beaucoup plus de place, les troisièmes pour avoir un énorme centre technique flambant neuf et les derniers entre autres pour protéger les serres d’auteuil sur lequel se ferait l’agrandissement. J’oublie les télévisions et autres médias qui m’ont paru favorables au déménagement, je pense, pour avoir la possibilité de diffuser des matchs se déroulant dans de splendides nouvelles enceintes. A l’inverse, les sponsors étaient majoritairement contre une délocalisation craignant qu’elle ne ternisse l’image prestigieuse dont jouit le tournoi. J’ai lu aussi que les votants, c’est à dire les dirigeants d’instances locales de la FFT, voyaient d’un mauvais oeil le fait qu’un déménagement du site et donc du siège de la fédération, ne leur permettrai plus de séjourner dans les beaux hôtels parisiens lors des assemblées fédérales. Le petit confort: l’ennemi du changement.

Le Projet de Marne la Vallée
En réalité, on peut largement suspecter les dirigeants de la FFT de ne s’être jamais projetés dans une situation de déménagement et d’avoir lancé cet appel d’offres uniquement dans le but de négocier un meilleur deal avec la mairie de Paris. Je pense que les dirigeants ont ensuite été surpris par la qualité des autres dossiers, présentant certes chacun des faiblesses (déficit d’image pour Gonesse, éloignement pour Marne et incertitude de faisabilité pour Versailles, comme pour Paris d’ailleurs) mais tellement attractifs. Moi-même, lorsque j’ai entendu cette histoire de délocalisation, je n’étais pas très chaud, mais après avoir vu les dossiers, je me suis dit que ce serait une folie de ne pas saisir l’opportunité.
En optant pour Paris, la fédération a dégradé l’image du tennis: elle a renforcé son élitisme alors qu’elle a besoin de la populariser encore davantage, elle donne le sentiment de ne pas respecter le patrimoine, l’environnement et les riverains par l’empiètement sur les serres (et cela ne fait que commencer) et enfin ce non-changement envoie un message conservateur, traditionnel et de repli sur soi-même.
Qu’aurait-il fallu pour que les votants s’engagent dans le changement? J’ignore les les coups bas, les pressions qui ont pu se dérouler en coulisse mais je pense que pour augmenter leurs chances de succès, les représentants des autres sites auraient du bien plus axer leur argumentaire sur l’urgence du changement, c’est-à-dire les incohérences et les risques du dossier parisien. Vanter les bénéfices de leur site sans d’abord convaincre de la nécessité de bouger est un coup d’épée dans l’eau. Évidemment il faut tout de même que cela soit compatible avec les règles du jeu d’un appel d’offres mais on aurait pu imaginer une coalition du changement, composée de diverses personnalités du tennis et politiques, prendre la parole dans les médias de manière beaucoup plus forte et parallèlement les candidats vanter les mérite de leur dossier.

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