Change Cycling Now: enfin le changement pour le cyclisme?

Après des années où toute volonté de changement s’était fracassée contre l’inertie du système, il se pourrait bien que la vérité choquante révélée au grand jour par l’agence antidoping des Etats-Unis (USADA) sur les pratiques dopantes de Lance Armstrong ait enfin enclenché un processus irréversible dans le cyclisme.

Le déclic du changement se fait par l’émotion et celle qui a été générée par le rapport USADA a été puissante et massive. L’étalage au grand jour du système Armstrong/Bruynel est apparu comme une réalité dépassant la fiction. Au fond il ne surprend guère lorsque l’on a déjà lu d’autres témoignages de cyclistes repentis sur les pratiques du peloton. Pour lutter contre le déni, il faut notamment des faits inattaquables et le grand mérite de l’USADA a été justement de bâtir une collection de témoignages inattaquables. Ce rapport est une démonstration de l’urgence pour le cyclisme d’un profond changement de culture et pratiques.

Pour que cela fonctionne, le déclic doit être suivi par la constitution d’une coalition pour le changement dans le cyclisme, à charge d’impulser le mouvement, de définir et mettre en oeuvre la vision d’un cyclisme propre. L’actuel président de l’UCI, l’Irlandais Pat McQuaid, a tenté d’endosser le costume de leader mais il manque de crédibilité en raison des fortes présomptions de bienveillance envers Armstrong dont l’UCI a fait l’objet. Il a certes lâché publiquement l’ancien coureur, mais c’est à la suite du rapport de l’USADA.

La bonne coalition sera-t-elle celle initiée par l’homme d’affaires australien Jaimie Fuller, sous le nom opportun de “Change Cycling Now” ?  Ses participants sont convaincus que “l’univers du cyclisme doit procéder à un changement fondamental de la gestion de ce sport, en mettant en oeuvre notamment un système indépendant de lutte contre le dopage”.

Il est intéressant de regarder la composition de cette coalition: d’abord en fer de lance Greg Lemond, ancien champion qui était en conflit ouvert avec Armstrong pour avoir fait preuve de scepticisme envers les performances de ce dernier. D’autres sont aussi anciens coureurs et occupent des fonctions importantes: Gianni Bugno (président de l’association des cyclistes professionnels), Jonathan Vaughters (président de l’association internationale des équipes cyclistes professionnelles et ancien coéquipier de Lance Armstrong lors des années US Postal). Antoine Vayer (professeur d’EPS mais surtout ancien entraineur de Festina avant que l’affaire du dopage organisé de l’équipe n’éclate en 1998) décrypte depuis les performances notamment à travers des articles fort intéressants publiés dans le journal Le Monde. Le groupe est aussi constitué de directeurs sportifs, de journalistes, écrivains, de chefs d’entreprise et même d’une figure active des réseaux sociaux.

Cette coalition est donc puissante, riche et crédible; elle a potentiellement la force nécessaire pour impulser et diriger le changement. Pour réussir, elle devra toutefois pénétrer mieux les instances dirigeantes sportives (UCI, CIO, Fédérations, …). Elle devra être force de propositions d’actions concrètes et impliquer d’autres acteurs à rejoindre le mouvement. La prochaine étape pourrait être de réussir à placer Greg Lemond à la tête de l’UCI, même temporairement, ce qui donnera encore plus de crédibilité et de pouvoir d’action à ces pionniers du changement.

Et vous, dans votre contexte, quelle est la coalition que vous souhaitez bâtir pour diriger le changement? Qui en sera le sponsor? Quels seront les membres représentant différentes sensibilités? Quelle sera la forme de la coalition: instance dirigeante, comité de pilotage, groupe de pression? Des questions clefs à traiter pour réussir le changement.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *