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Libération, histoire d’une conduite du changement défaillante

Faute de subventions, le journal Libération aurait peut-être déjà mis la clef sous la porte, suivant l’exemple, dans un domaine finalement assez proche, d’un Virgin Megastore n’ayant su se transformer. Comme la célèbre enseigne avant lui, le journal semble avoir pris à reculons le virage de nouveaux modes de communication et consommation. Certes, il y a un site Internet, comment pourrait-il en être autrement, mais le fait que seul 0,1 contribution par semaine par journaliste y soit posté (chiffre avancé par N.Demorand) témoigne bien du fait que les principaux acteurs de cette entreprise n’ont pas épousé ces nouveaux modes. Or si l’on veut réussir le changement, on ne peut pas se permettre de ne pas y aller à fond.
On pointe aujourd’hui du doigt ces journalistes, qui, dans un positionnement paraissant suicidaire, ont repoussé fermement le projet de transformation impulsé par les actionnaires . Malgré les précautions d’usage d’un regard extérieur à l’affaire, la réaction des journalistes semble symptomatique d’une conduite du changement défaillante. Les journalistes, attachés à leur métier, ont pris comme une insulte la proposition de transformer leur journal en un réseau social, comme en témoigne cette une du 8 et 9 février. Leur réaction est logique, même si elle peut paraître ringarde.
Peut-être le projet des actionnaires était-il beau et portait-il une bonne stratégie. Mais il est mort-né car il s’est construit sans les journalistes.
Que se serait-il passé si ceux-ci avaient été réellement associés au développement de ce projet? une minorité aurait refusé toute démarche constructive, une autre minorité aurait participé activement et une majorité aurait été attentiste. La minorité participante aurait, au sein d’un groupe projet regroupant l’ensemble des métiers et parties prenantes du journal, contribué à définir le nouveau libération et comment leur métier de journaliste aurait évolué tout en restant fidèle à ses valeurs. Un projet commun, pérenne, c’est à dire rentable si bien exécuté, auquel se serait ralliée petit à petit la majorité attentiste et peut-être même une partie de la minorité résistante.
Une entreprise ne peut pas changer, se transformer, sans l’implication de ses forces vives. Or les actionnaires et la direction semblent avoir adopté un mode de conduite du changement hierarchique devenu obsolète: la direction décide et les employés exécutent.
En reprenant la démarche depuis le début avec une vraie implication des salariés, peut-être arriveront-ils à un projet proche de celui des actionnaires; la grande différence serait alors, qu’y ayant contribué, les salariés se le seront appropriés.

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